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dans tous morts les quiveristes?
par Seb
Vous ai-je déjà parlé d’une sortie au barbeau au quiver l’été dernier ? Non ?
Eté 2003, il fait très chaud et l’Alsace vient de sortir de sa traditionnelle fermeture du blanc (clin d’œil moqueur au seul département français...). J’ai passé cette période de fermeture restrictive à pêcher la carpe dans les gravières ou canaux navigables ouverts ou encore à faire un peu de vélo afin de tenter d’effacer la brioche naissante propre à la trentaine entamée (rires avec une pointe de nostalgie…). Bref, quelques carpettes et quelques sorties cyclistes style « moulinette » mais rien de bien excitant pour l’instant. Faut qu’ça remue, il me faut de l’émotion…Tilt ! Je vais aller au barbeau, youpiiiiiiiiii !
Alors…, barbeau…, barbeau…, que j’me rappelle comment ça se pêche cette bête, avec tout cet attirail carpiste « high-tech » il me faut un rapide « brain-storming », mais très rapide alors, car je mets instinctivement la main sur l’arme redoutable, devinez… mais oui, la canne feeder. Tout le reste n’est que formalité, les montages sont adaptés en un tour de main, les cages sont alourdies et aplaties pour ne pas trop dériver dans cette rivière alsacienne avec un diable de courant, j’ai nommé l’Ill.
Le poste convoité est un petit modèle du genre, gravier, courant puissant, quelques herbiers, dans les bouquins on ne vous le présenterait pas mieux ! Après étude sur site, la pêche se fera presque à mes pieds, 3 ou 4 mètres suffiront.
Nous sommes la veille, vendredi soir, va falloir être rusé et rapide, la place a l’air d’être fréquentée et le samedi sonne le vrai début de la ruée vers l’eau de tous les travailleurs et travailleuses de France. C’est décidé, je règle le radioréveil pour 2h30, oui, 2h30, vous avez bien entendu ! Un p’tit coup de vélo le vendredi soir afin que le dodo soit plus rapide et me voilà dans les plumes vers 21h00, chez cette vieille Morphée peu de temps après.
2h30, et j’ai déjà coiffé un premier concurrent sur la ligne car à l’heure où France Info voulait faire son travail, j’étais déjà devant mon café, un excité de première je vous dis ! 2h45, gaz…, direction l’Ill, 3h20, arrivée, personne, je souffle… Les premiers jeunes et papys chevauchant leur « vélomorque » (un hybride, croisement entre un vieux vélo et une remorque bricolée) ainsi que d’autres furieux passeront après, tous un peu irrités je dois l’avouer, de me voir sur le coup. Comme mes amis gardes me liront peut-être, fidèle à mon habitude je pré-mouille l’amorce, je déballe mon matos, puis j’attends de pouvoir tremper le nylon. Remarquez, la clarté de la nuit m’aurait permis de pêcher quelques minutes plus tôt, mais comme mes amis me lisent peut-être… j’attends l’heure légale…
Il est l’heure, premier lancer…, stop, je ne vous ai pas parlé du montage. Alors, mon traditionnel corps de ligne en 26/100èmes, mon feeder-boom, ma perle caoutchouc, mon micro-émerillon et mon bas de ligne de 60 cm en nylon 20/100èmes reliant (à l’époque) un n°10 à palette spécial feeder. Les esches, héhé, là y’a du pur classique à barbeau à savoir le gruyère, du classique « tout-venant » c’est à dire notre ami le maïs doux et enfin le fameux frolic, mon esche spéciale casse !
Lancé donc et premier constat : la sécheresse estivale n’a pas eu raison de la puissance du courant, je suis obligé de corriger le tir en lançant plus en amont, d’une bonne quinzaine de mètres afin de stabiliser le montage dans le périmètre de pêche, l’amorce doit être bétonnée, ça lessive sévèrement ! J’ai décidé de commencer au frolic, même pas peur…, et j’ai bien entendu rajouté quelques miettes dans l’amorce, un segment étant piqué directement sur l’hameçon, ce qui est faisable lorsqu’il est bien frais (question : pourquoi pas de montage au cheveu ? J’en n’en sais toujours rien, mais j’ai entre-temps adopté ce montage pour le quiver, il n’est jamais trop tard pour comprendre…). Quelques paniers plus tard, une première tapée se produit. En étang je vous parlais récemment de « claques atomiques » de carpes, canne à l’horizontale et parallèle à la berge, ici c’est verticalement et légèrement orienté dans le sens du courant que ça se passe, histoire de ne pas avoir trop de fausses touches dues au courant ou aux dérives d’objets divers. Les claques de rivière ont presque la même intensité que celles rencontrées récemment avec les carpes en bordure avec un petit avantage, pour l’instant… aux touches de bordure… patience… Premier loupé, frolic pillé, mais c’est manifestement une bonne option…, on recommence. Panier suivant et tapée immédiate après stabilisation de la cage, premier barbeau, une petite saucisse (de Strasbourg, hihi !) d’une trentaine de centimètres mais déjà un beau combat. Les poissons se suivent et y’a pas à dire, le barbeau est un poisson à sensations, vaillant comme tout et aussi tordu qu’une tanche dans sa défense.
Il est six heures passé et l’on sent que la vie bat déjà son plein quand l’instant magique et unique de la sortie se produit. Je vous parlais de touches violentes, là, j’entre dans une autre dimension, on est bel et bien en rivière, le scion (je suis en 4 oz raide) se pétrifie littéralement sous la violence du coup, le talon de ma shimano posé sur mon genou se lève et je saisis à temps la canne avant qu’elle ne fasse la culbute au-dessus du mât coiffé d’un support papillon… Contact puis tentative de maîtrise, je me sens tout petit du haut de mon mètre quatre vingt dix, la canne est pliée en un arc dont je ne soupçonnais même pas la possibilité, le poisson traverse avec une facilité déconcertante les 30 mètres de largeur d’eau pour remonter le courant le long de la berge d’en face, c’est une commune, ce comportement a été souvent remarqué par un ami carpiste fervent pratiquant de l’Ill. Confronté à une telle manifestation de puissance, je passe en revue dans ma tête (comme si c’était le dernier instant) l’ensemble des éléments fusibles me reliant au poisson, je serre les fesses, j’le sens vraiment mal, ça s’accélère, le poisson remonte de plus en plus vite, 20 mètres, trente mètres, canne à gauche, canne à droite, canne haute, canne basse, rien n’y fait, autant ferrer d’un seul coup une voiture lancée sur l’autoroute, la traction est telle que je suis obligé de saisir de ma main gauche la canne au bout du premier élément, , le nylon chante, le nylon crie, paf, casse.
Premier contact avec une torpille, zut, certainement le poisson de la journée. Déçu, très déçu, je pensais en fait être déjà bien équipé pour me mesurer à des poissons de rivière et là, tout s’effondre. Mais j’avais prévu la solution « béta », héhé, la tresse 15 lbs pour le bas de ligne et l’hameçon carpe n°8 à œillet. Un petit clin d’œil aux spécialistes, les pêcheurs de rivière savent très bien que même là je suis encore en « configuration ablette » si l’on parle de pêche à la carpe en rivière, mais je le répète, je cherche le beau barbeau et avec sportivité, sinon j’aurais déballé le matos carpe (avec les mêmes chances de touches ?)
Je relance, plus rien. Les « barbeaux saucisse » puis les 40 centimètres et même plus, ne refont leur apparition que lors de l’utilisation tour à tour du maïs puis du gruyère, avec lesquels je poursuis la journée jusqu’aux environs de 14h00, où l’absence de touches m’engage à rentrer (j’ai installé des allumettes sous mes paupières…).
L’histoire pourrait s’arrêter là, ce serait la normalité, un classique, me direz-vous mais… je ferre, et, re-zut, je suis accroché au fond, mais vraiment accroché et là vous vous attendez à ce que je rentre en contact avec un monstre, et bien il n’en est rien, je ferme le frein à toc et tire dans l’axe sur ma canne, paf, casse, la totale. C’est décidé, je plie, mais il me reste un fond d’amorce, alors je monte une nouvelle ligne, je liquide la farine puis, c’est décidé, je plierai.
Plouf, fil tendu, canne sur le genou, torchon, un petit coup sur la canne couverte d’amorce et me voilà reparti pour écouler tranquillement le reste de farine. Un dernier petit tremblement, sans suite. Allez hop, je prends ma canne pour sortir la ligne quand, re-re-zut, accroché à nouveau, mais l’accroc bouge, qu’est-ce qui se passe, l’eau se déchire devant moi et une fusée en sort, un barbeau noir, non, la queue de faucille…, c’est un esturgeon, il est très grand, il retombe dans l’eau avec des gerbes touchant même mes pieds puis se stabilise devant moi à quelques centimètres sous l’onde. Je le vois, il a des nageoires plus grosses que mes mains, il attend, je saisis mon épuisette coup spécial gros poissons qui est devenue subitement aussi petite que celles utilisées en aquariophilie, il m’a vu, il accélère en contre-courant, le frein…, le frein…, il est encore bloqué ce couillon suite à l’accrochage précédent, ça va trop vite, ma canne plonge, sonde derrière le poisson afin de laisser un dernier souffle au nylon, me permettant rapidement d’ouvrir le frein, je ne vois plus que mon moulinet et ma main gauche cherchant maladroitement à dévisser…, casse.
Il est parti, il le faisait largement le mètre, mon cœur bat très fort, je suis immensément déçu, vous parlez d’une photo, mais quelle dose d’adrénaline concentrée sur une fraction de secondes, pas de poisson record au sec, pas de conclusion favorable sur les deux gros mais quelles émotions, quel plaisir, c’est tout ça la pêche.
Remarque pour mon ami Manni que je souhaitais être présent : je n’avais pas encore de numérique et ce n’est que depuis que je l’ai que j’emmène un appareil photo, et encore…
Amitiés
bouchon
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Chapeau pour ce très beau récit !
Tu as la patte d'une Mary Higgins Clark!
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Super récit.
Attend amigo, en septembre on va le prendre ton esturgeon ! Non' de bip noch a mol !
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C' est vrai ça David (Bouchon et moi on se connait bien) un talent ça se cultive.
Mon grand père disait " quand t' as un don , si tu l' enterres c' est que t' es con".
Il parlait rude mais il avait vécu deux guerres (dont une coté prussien). Son don a lui c' était d' inventer des proverbes...une forme de modestie en quelque sorte!
Pour rebondir sur ce que dit Magic, le bouquin de Maurice Genevoix, "La boite a pêche " est une petite merveille a savourer pendant les vacances.
Je vous recommande aussi chaudement "Les pieds dans l' eau " de René Fallet....un régal !
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Yes , suite à un post (sur hobbypeche je crois) j'ai commandé ces 2 bouquins, ils sont excellent, a lire pendant les longues soirées d'hiver.
Lu 3 fois la boite à pêche en 2 ans !!! la pêche reste la pêche quelques soit l'age, la technique ou les années passées.....
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Et bien bouchon quel récit
j'ai eu l'impression de vivre ta sortie pêche
et j'ai même vu la bête noir
Soit le bienvenue sur PecheManiaC!!

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merci kreeks et bravo pour le site car il propose un petit espace à ma technique favorite, le quiver, merci encore.
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Moi j'aurai la rage de louper un esturgeon
Car c'est pas tous les jours que tu en piques un.
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un récit magnifique,tout comme le précédent d'ailleurs.bravo.gardo;
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a te lire j'ai eu l'impression que c'est moi qui tenais la canne ,merci de ce recit tres realiste et ecrit en d'autres pour nous faire rtever
AMITIEES
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Salut,
Chapeau bas, superbe récit de cette journée mémorable.
En te lisant j'ai vu l'esturgeon il était magnifique mais pourquoi n'as-tu pas plonger après du haut de ton 1,90 m
Au plaisir de te lire.
Carasso et fils.
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Je suis un pecheur alsacien et je voudrais savoir ou attraper des barbeaux dans L'Ill (aval des barrages,cours amont de la riviere...).
Pourrais-tu me dire ou ta loupé l'esturgeon (faut pas rever non plus)?
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Bonjour Carasso,
Il était plus gros que moi, j'ai pas osé me frotter...
A l'endroit où je pêchais, il y a un de ces courants, je crois que même un très bon nageur aurait des soucis.
Où prendre des barbeaux dans l'Ill? A peu près partout, à partir du moment où le courant est assez vif, tourbillons, gravier au bords (donc souvent quelques mètres plus loin dans l'eau...) complètent le tableau.
Il n'est pas aussi rare que ça de ferrer un esturgeon dans L'Ill, l'ami carpiste dont je parle dans le récit (il se lache de temps à autres dans la rubrique "carpe" du site et arbore une belle paire... de moustaches...
) en a déjà sorti.
Amitiés
bouchon
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bien bo
et surtout on se recentre sur l'essentiel : avoir de bonnes sensations a la peche, et arréter de regarder que le poids des belles
et ton ami carpiste doit etre garde peche, non ?
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pas cool les copains, z'avez démasqué Bernardo, euhh... non, Zorro...
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